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22.03.2008

Taiwan : Le rapprochement économique avec la Chine semble inexorable

La Chine et Hong Kong sont devenus les premiers partenaires de l'île devant les États-Unis.
S'il est un pays où la question du découplage économique vis-à-vis des États-Unis s'est longtemps posée avec acuité, c'est bien Taiwan. Le débouché américain a longtemps absorbé une part considérable des exportations de cette petite île (23,5 % en 2000 des exportations totales, selon Natixis) qui bénéficie d'une protection militaire de l'Oncle Sam. Composées en grande partie d'ordinateurs portables - dont l'île est devenue le premier producteur mondial - et autres produits électroniques, ces exportations sont de plus sensibles aux cycles mondiaux.

Les experts s'attendent donc à ce que le PIB taiwanais subisse le contrecoup de la récession américaine. Ils tablent pour cette année sur une hausse de l'activité insulaire d'environ 4,5 %, après environ 5,5 % en 2007. Mais, fait notable, les mêmes experts prévoient un redémarrage dès 2009, avec un taux de croissance refranchissant à la hausse le seuil de 5 %. Le candidat du Kuomintang, Ma Ying-jeou, a même promis une croissance de 6 %. La principale raison de cette confiance est que " Taiwan, comme d'autres économies d'Asie, est en train de rééquilibrer ses exportations au profit de la Chine, de l'Europe et des pays émergents du reste du monde ", explique Grégoire Bossin, économiste chez Natixis. La Chine et Hong Kong sont devenus le premier partenaire de Taiwan, qui y expédie plus de 40 % de ses exportations (24,4 % en 2000), alors que l'Amérique n'en absorbe plus que 13,2 %, souligne Grégoire Bossin.

Certes, la Chine assemble une bonne partie des biens intermédiaires qu'elle importe de ses voisins pour les réacheminer vers les pays riches, ce qui relativise le découplage. Mais les économistes estiment que la consommation intérieure chinoise s'accroît peu à peu, faisant de la Chine un marché en soi. " Taipei est sans doute le premier investisseur en Chine avec un total d'une centaine de milliards de dollars, 70.000 entreprises et 1 million de Taiwanais qui y travaillent ", souligne pour sa part Jean-Pierre Cabestan, professeur à l'Université baptiste de Hong Kong. Et la tendance va s'accentuer.

UN JEU DANGEREUX

À des degrés divers, les candidats à la présidentielle plaident pour des liens économiques plus forts avec la Chine. Celui du Kuomintang prévoit de former avec elle un " marché commun " et de rétablir des liens aériens et maritimes directs à travers le détroit de Formose. Mais l'eldorado chinois présente des dangers. " Le risque est une dévitalisation économique de l'île et une dépendance vis-à-vis de la Chine ", estime Jean-Pierre Cabestan. Un jeu dangereux pour les Taiwanais qui tiennent à leur modèle démocratique, à leur identité et à leur souveraineté.

Source : La Tribune
22/03/2008

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