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13.07.2008

Le marché commence à douter de la stratégie " Chine d'abord "

Depuis le début du mois, les investisseurs paraissent éviter les groupes les plus exposés à un possible tassement conjoncturel en Chine.


Quelques exemples d'entreprises occidentales exposées au marché chinois
583c660284eaff24d2856bb5575b6081.gif En ces temps de doutes conjoncturels et boursiers, Alain Peyrefitte aurait pu titrer son célèbre ouvrage : Quand la Chine s'assoupira. Eldorado d'hier, l'ex-empire du Milieu semble désormais susciter certaines inquiétudes. La croissance économique de la Chine pourrait bien s'écraser au cours des trois derniers mois de l'année. Et cela à cause d'un atterrissage plus brutal que prévu de l'économie mondiale.
Certains évoquent également l'effet d'accalmie consécutif aux JO de Pékin. Mais certain n'y croit pas. " Le PIB chinois provient à 45 % de l'export et à 55 % du développement interne auquel les JO de Pékin ne contribuent qu'en petite partie ", évoque un spécialiste. Selon lui, au cours des soixante dernières années " on observe des crises fortes tous les dix ans et des mini-crises de réajustement tous les quatre ans ". Et d'ajouter : " Il est possible que l'on puisse se retrouver face au deuxième cas de figure en Chine, notamment à cause des tensions inflationnistes qui pourraient, soit entraîner des insuffisances de capacités de production, soit pénaliser l'activité des entreprises. "

SOLIDITE A LONG TERME
La chute de 50 % de la Bourse de Shanghai depuis la fin 2007 annonce vraisemblablement un fort ralentissement de l'économie chinoise ". Dans ce contexte, on assiste à une désaffection boursière récente sur les grands groupes de dimension internationale qui comptaient sur cette zone pour doper leurs revenus. C'est le cas dans le secteur de la construction avec des valeurs comme Saint-Gobain ou Lafarge, qui ont cédé plus de 9 % depuis le début du mois de juillet alors que l'indice CAC 40 a, dans le même temps, reculé d'un peu plus de 2 %. Du côté de l'industrie du luxe, LVMH a chuté de 13 % tandis qu'Hermès International a abandonné plus de 6 % sur la période. Mais rappelons la solidité de la tendance à long terme : un taux de progression moyen annualisé du PIB de 7 à 10 % au cours des deux prochaines décennies .

Quand l'inconscient chinois s'exprimera...

L'édition se passionne pour l'empire du Milieu, à moins d'un mois des jeux Olympiques... Trois regards pour comprendre ce que pense la Chine aujourd'hui.
Dans un mois, tous les regards se porteront vers la Chine. Et il sera difficile d'échapper à la vision occidentale manichéenne qui en fait soit l'incarnation de la négation des droits de l'homme, soit le pays de Cocagne de la mondialisation. Mais au-delà de ce moment des jeux Olympiques et de la polémique sur le Tibet qui focalisent l'attention, comment la Chine se positionne-t-elle face à l'Occident qui la juge si souvent ? Souvenons-nous que ce n'est pas la Chine qui est allée vers l'Occident, mais l'Occident qui est venu à elle, pour tenter de la façonner à son image. L'injonction de Mao, appelant la Chine à " marcher sur ses deux jambes " et à ne pas oublier ses propres racines, a conduit le pays à adopter une sorte de double culture avec deux philosophies, deux cuisines ou deux médecines...
Si aujourd'hui le développement économique recouvre le pays d'un vernis occidental et tend à occulter cette bipolarité, l'inconscient chinois, pour être enfoui, n'en reste pas moins déterminant.

- Trois livres récents nous permettent une incursion de l'autre côté du miroir :

- 100 Mots pour comprendre les Chinois de Cyrille J.-D. Javary,
- Que pense la Chine ? de Mark Leonard et
- la Chine sur le divan d'Huo Datong.


Lacan disait : " L'inconscient est structuré comme un langage. " Le livre de Cyrille Javary, grand connaisseur de la Chine, procure une première approche de la culture chinoise au travers du langage, en sautant, par cent fois, d'un idéogramme à un autre. Le mot " France ", par exemple, se traduit par Fa guo, ce qui signifie littéralement " le pays de la méthode ". Le mot " Chine " (Zhong guo) renvoie quant à lui au pays " au centre du monde ". On en connaît l'expression plus courante : " empire du Milieu ". Que la Chine ait gardé ce nom, même à l'ONU, prend une tout autre signification à l'époque de la mondialisation : celle d'un pays qui entend reprendre aujourd'hui dans le monde sa place étymologique.
Il est aussi frappant de noter que la notion de liberté, dans sa conception occidentale, n'existe pas historiquement sous forme d'idéogramme unique, et a dû être construite tardivement sous la forme de deux caractères (zi you) dont la signification littérale est " ce qui a pour origine soi-même ". On comprend ainsi mieux pourquoi le dialogue autour de ce concept n'est pas si simple avec les Chinois, qui pourraient trouver dans cette définition de la liberté une justification pour imposer leur propre modèle. Selon Mark Leonard, ancien conseiller de Tony Blair et directeur exécutif du Conseil européen des relations extérieures, la Chine est sans doute " la puissance montante la plus consciente d'elle-même de tous les temps ". D'ailleurs, n'a-t-elle pas été jusqu'à élaborer une série d'indicateurs pour mesurer le " pouvoir national total " (PNT) qui inclut le poids économique, mais aussi militaire, diplomatique, politique et moral du pays ?
Le livre Que pense la Chine ? donne un aperçu très instructif des débats qui agitent les cercles intellectuels et politiques chinois sur trois grandes questions : le capitalisme, la démocratie et le rôle de la Chine sur la scène internationale. Inspiré par des entretiens avec plus de deux cents penseurs et responsables chinois, il retrace la façon dont la Chine s'est réellement émancipée des idées occidentales en matière d'économie, de politique et de pouvoir mondial. Alors que " l'Occident tout entier s'interroge avec passion sur la façon de gérer l'ascension de la Chine " en se demandant " comment s'y prendre pour que ce pays devienne comme nous ? ", l'auteur nous précise queles Chinois, eux, se demandent comment ils vont pouvoir gérer le déclin de l'Occident et " comment façonner au mieux le comportement des puissances occidentales pour promouvoir les intérêts et les valeurs de leur pays ".
Au capitalisme de la rivière des perles (référence à la région dans laquelle l'influence occidentale a été la plus grande), l'auteur oppose le nouveau " capitalisme du fleuve Jaune " qui pourrait bien devenir " un phare pour les pays en développement du monde entier ". Vu de Pékin, il ne fait aucun doute que les murailles restent nécessaires pour se protéger et éviter l'aplanissement de la Chine par la globalisation. The world is flat, oui, mais seulement jusqu'à la Grande Muraille. Mieux comprendre les différences et les ressemblances existant entre la culture occidentale et la culture chinoise, c'est ce que propose Huo Datong, ancien garde rouge, qui, après avoir étudié en France, est devenu le premier psychanalyste installé en Chine. Il nous explique quela psychanalyse était totalement inexistante il y a encore quinze ansen Chine, car la morale chinoise,empreinte de confucianisme, défend de critiquer ses parents, limitant de ce fait le dialogue au sein du cercle familial.

ASSUMER SES RACINES
Sans compter que si la confession orale est centrale dans la tradition chrétienne, elle ne l'est pas dans la tradition bouddhiste et taoïste. L'inconscient chinois n'a donc pas jusqu'à présent été " autorisé " à s'exprimer. Même si ce livre observe la Chine à travers le prisme de la psychanalyse, c'est en fait l'ensemble des sciences sociales qui est convoqué pour comprendre comment les Chinois appréhendent leur entrée dans un capitalisme mondialisé où " le Dieu Argent " s'est brutalement substitué à l'idéologie communiste. Cette mutation a conduit à l'éclatement de la cellule familiale traditionnelle alors même que la politique de l'enfant unique faisait peser une pression parentale accrue sur les épaules des jeunes Chinois. Néanmoins, cette nouvelle génération tournée vers le futur, qui n'a pas peur d'assumer ses racines, pourrait bien être celle qui remettra au premier plan la singularité chinoise, reléguant l'occidentalisation de ces dernières années au rang d'une simple phase de transition.
Et quand l'inconscient chinois s'exprimera, il pourrait bien influencer l'Occident plus que l'Occident ne l'a jamais influencé.


" 100 Mots pour comprendreles Chinois " de Cyrille J.-D. Javary (Albin Michel), " Que pense la Chine ? " de Mark Leonard (Plon) et " la Chine sur le divan " d'Huo Datong (Plon).