11.04.2008
Sur les ponts de Shanghai
Avec Yona Friedman
Salle archicomble pour écouter le "maître" Yona Friedman, 85 ans. L'architecte d'origine hongroise a présenté son concept de ponts habités pour la ville chinoise de Shanghai lors d'une conférence le 8 avril à Paris, au Pavillon de l'Arsenal. Avant d'aller en Asie, les maquettes de ces projets sont visibles jusqu'au 1er juin à Bordeaux, dans le cadre d'une exposition rétrospective consacré à l'auteur par le centre d'architecture Arc en rêve. Un lieu dont le nom est approprié pour accueillir un utopiste dans l'âme.
"Etrangement, la rue principale de Shanghai mène le piéton au fleuve, mais elle s'arrête là", s'étonne encore aujourd'hui Yona Friedman. En 2002, l'architecte a proposé de "relier les deux rives de la ville en continuant cette rue au-dessus du fleuve". Une "idée" qui a fait "sourire poliment" les Chinois, mais sans plus. Cinq ans après, le Visual Art Institute de Shanghai expose le concept de pont habité au public, à qui "il plaît". Aujourd'hui, les choses semblent se concrétiser car "un concours entre jeunes architectes chinois" va être organisé. L'une des raisons étant probablement la perspective de "rentabiliser ces gratte-ciel horizontaux".
"Aider l'imaginaire des architectes"
Les multiples maquettes réalisées par Yona Friedman serviront de "programme" aux équipes concurrentes. "Mon travail est d'aider l'imaginaire des architectes, à eux ensuite de conserver telle ou telle partie de ce que je leur suggère", commente avec humilité le concepteur. Techniquement, la structure de tous les ponts habités est la même : "une ossature tridimensionnelle multi-niveaux forme le tablier" et, entre ces barres suspendues à des pylônes, "des volumes utilisés comme commerces, cafés, loisirs, bureaux, jardins…" Les diverses déclinaisons de cette structure s'appellent "pont éclaté", "pont promenade", "pont bazar" ou "pont ellipse". Pour ce dernier, Yona Friedman parle de "pont qui dort dans son hamac", car son tablier tient à plusieurs faisceaux de câbles. Après un feu d'artifice d'images, de croquis et de photomontages, l'architecte a invité l'auditoire à se rendre à Shanghai d'ici "vingt ans", pour "voir tous ces ponts dans la réalité". Les applaudissements ont alors retenti dans la salle, comme pour faire en sorte que le rêve de cet utopiste se réalise.
La vision de Yona Friedman pour les ponts habités de Shanghai
Maquettes, croquis et photomontages du projet de ponts habités pour la ville chinoise de Shanghai, par l'architecte octogénaire Yona Friedman, Hongrois installé à Paris depuis 1957.
10:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chine, Architecte, Shanghai, Friedman
28.03.2008
Un architecte à Shanghai : interview
Jacques Ferrier, héraut de l'architecture française à Shanghai
Que de symboles! Finaliste du concours pour la future tour Signal du quartier d'affaires de La Défense, concepteur du pavillon de la France pour l'Exposition universelle Shanghai 2010... L'architecte Jacques Ferrier s'est vu propulsé en quelques jours héraut d'une architecture à la française.
Interview.
Votre projet a été choisi par le président de la République pour représenter la France à l'Exposition Universelle de Shanghai. Cela implique-t-il une responsabilité particulière ?
Bien sûr. Représenter la France est un honneur. C'est l'occasion de montrer au monde la vision urbaine de la France dans une région, l'Asie, en pleine mutation. Par ailleurs, construire le pavillon français pour une exposition universelle et dont le thème est "meilleure ville, meilleure vie" est un formidable enjeu pour un architecte. De tout temps, le travail sur les expositions universelles a passionné les architectes.
Nous souhaitons faire de ce pavillon celui de la ville sensuelle en mettant en scène un art de vivre à la française caractérisé par une attitude sereine et confiante vis-à-vis du 21ème siècle. Un équilibre entre technicité et sensualité, entre création et permanence, entre innovation et qualité, entre action et pensée, entre ville et territoire… Cette idée d'équilibre créatif et dynamique efface l'opposition stérile entre la France traditionnelle et moderne évoquée dans le programme.
Le pavillon sera bien évidemment conçu dans le respect de l'environnement. Il sera à énergie positive et exemplaire dans le recyclage.
Autre symbole, avec la tour Signal à La Défense où votre agence se retrouve parmi les 5 finalistes. Quel est le message principal que vous voulez faire passer avec votre projet ?
Celui de la mixité des usages. C'est en allant à Shanghai - où nous avons réalisé un lycée - que j'ai pris conscience de l'importance de cette notion. Il n'y a pas de raison pour que la France soit un pays qui fige ses usages architecturaux. Avec ce programme de tour mixte, nous avons l'opportunité de passer directement à l'étape suivante. Culminant à 309 mètres, notre tour sera le plus haut immeuble mixte jamais construit en Europe occidentale et le premier à regrouper dans une structure verticale d'une telle échelle des fonctions aussi diverses que travailler, habiter, se distraire. Avec un pied de tour largement ouvert sur la ville, le programme prévoit des logements, un hôtel, des restaurants panoramiques, des bureaux, des commerces, un spa, des équipements culturels dont une salle de 1.300 places…
Cette tour sera également exemplaire au niveau de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie.
Bref : mixité, environnement, ouverture sur la ville… cette tour préfigure ce que l'on doit attendre des grands projets à l'avenir.
Sur ce projet, vous vous êtes associé au promoteur immobilier russe Hermitage. Comment est née la collaboration ?
D'un coup de cœur du P.-D.G. d'Hermitage, Emin Iskenderov, pour Hypergreen et ma proposition pour la tour phare également à la Défense. Il m'a contacté et nous avons commencé à travailler ensemble, l'un apportant à l'autre sa vison, son expérience. Hermitage est une filiale de Stroïmontage, l'un des plus gros promoteurs immobilier de Russie. Le groupe construit de nombreux programmes mixtes dont la tour de la Fédération à Moscou qui sera le plus haut gratte-ciel d'Europe.
Pour la tour Signal, l'un a tiré l'autre. Notre client nous a apporté sa culture de la mixité tandis que nous avons poussé le projet sur les aspects environnementaux et bien évidemment architecturaux, avec à la fois un travail sur une silhouette très inédite et sur la skyline du Grand Paris.
Propos recueillis par Jean-Philippe Defawe
07:50 Publié dans Articles Publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chine, China, Architecte, Business, Investissement, Environnement






