19.09.2008
Le scandale du lait chinois prend une dimension internationale
Une semaine après que le scandale du lait en poudre empoisonné a éclaté, les autorités découvrent que le lait liquide des trois plus grandes sociétés laitières du pays est aussi contaminé. Quatre nourrissons sont morts.
En Chine le scandale du lait empoisonné à la mélamine, une substance chimique possédant la dangereuse propriété de relever la teneur en protéines de certains produits alimentaires, prend une ampleur considérable. L'inspection nationale qu'a diligentée en catastrophe le gouvernement chinois la semaine dernière lorsque l'affaire a éclaté au grand jour a révélé qu'outre le lait en poudre de société Sanlu, la première incriminée, le lait liquide des trois plus grandes sociétés du pays (Mengniu, Yili et Guangming) contient également cette substance toxique. Au total 22 sociétés sont concernées, selon l'administration en charge du contrôle de qualité (Administration générale de la supervision de la qualité, de l'inspection et de la quarantaine, ASQIQ).
Pour le gouvernement, déjà confronté dans le passé à plusieurs affaires de produits dangereux, le dossier s'avère extrêmement sensible. Les perspectives se sont encore assombries avec l'alerte à la mélamine donnée hier à Hong Kong sur certains produits lactés (lait, yaourts, crèmes glacées) fabriqués par Yili. Certains pays étrangers ne sont pas à l'abri puisque deux des compagnies laitières mises en cause exportaient leurs produits au Bangladesh, Birmanie, Yémen, Burundi et Gabon notamment.
L'affaire est devenue publique avec l'annonce des premiers décès de nourrissons ayant consommé du lait en poudre du groupe Sanlu, dans lequel le néo-zélandais Fonterra détient des parts. Ulcérés, ses dirigeants ont accusé les autorités chinoises d'avoir cherché à étouffer l'affaire dont les premiers indices auraient percé au milieu de l'été (peu avant le lancement des JO), voire plus tôt selon des experts.
DIX-HUIT PERSONNES ARRETEES
Depuis le Conseil d'État (le gouvernement chinois), présidé par le Premier ministre Wen Jiabao, a réagi en déclenchant la semaine dernière l'inspection de l'industrie laitière. Bilan : " Le marché des produits laitiers est totalement désorganisé et le système de supervision présente des failles ", a tonné l'ASQIQ sur son site, le gouvernement promettant une restructuration de la filière et une réforme des procédures (suppression des exemptions de contrôle...). Dix-huit personnes (dirigeants de sociétés, membres locaux du Parti communiste...) ont déjà été arrêtées. Mais entre les petits producteurs et les industriels, il y a tout un univers d'intermédiaires qui collectent le lait et échappent au contrôle. À l'origine de ce scandale, " on retrouve probablement le même cocktail de recherche de rendement à tout prix et de corruption " . Sur la sellette, les autorités chinoises n'hésiteront pas à employer la méthode forte. En 2007, le directeur de la Chinese Food and Drug Safety Administration, Zheng Xiaoyu, avait été exécuté pour corruption.
Mais : le scandale du lait contaminé s'étend
Selon l'Administration générale du contrôle de qualité, de la mélamine a été retrouvée dans des bouteilles ou cartons de lait produits par les trois principales laiteries chinoises.
Près de 10% des échantillons prélévés dans les produits des societés Mengniu et Yili renfermaient ainsi jusqu'à 8,4mg/kg de mélamine. Du lait fabriqué par Bright Bairy, dont le siège se trouve à Shanghaï (sud-est), contenait également des traces de ce produit utilisé par les fraudeurs pour que l'aliment paraisse plus riche en protéines. Ces contrevenants seront retrouvés et "sévèrement punis", avertit l'administration.
Les réactions n'ont pas tardé et les principales chaînes de distribution de Hong Kong, PARKnSHOP et Wellcome, ont retiré de leurs rayons leurs bouteilles packs de lait de la marque Mengniu. Jeudi, ce sont les yaourts, glaces et autres produits laitiers du fabriquant Yili qui avaient été retirés.
Le scandale a pris de l'ampleur depuis la semaine dernière, avec des plaintes touchant le groupe Sanlu, l'un des principaux producteurs chinois de lait en poudre. Une inspection menée par l'Administration générale du contrôle de qualité a ensuite révélé la présence de mélamine dans "69 formules de lait en poudre fabriquées par 22 compagnies".
Selon le dernier bilan du ministère de la Santé, quatre bébés sont morts et 6.244 autres sont tombés malades; 1.300, principalement des nouveau-nés, restent hospitalisés, dont 158 souffrent de graves problèmes rénaux. La plupart des produits contaminés sont vendus en Chine et à Hong Kong, mais deux des entreprises concernées, Yashili et Suncare, exportaient vers le Bangladesh, le Yémen, le Gabon, le Burundi et la Birmanie. Aucun cas n'a pour le moment été signalé dans ces pays.
Conséquence de cette crise sanitaire, une psychose s'est emparée du pays et des milliers de parents inquiets se sont rendus dans les hôpitaux pour faire examiner leurs enfants.
Yao Haoge, une petite fille de 11 mois, a bu depuis sa naissance du lait en poudre de la marque Sanlu -jusqu'à présent une des plus réputées en Chine. "Nous ne sommes pas riches, mais nous voulions acheter du bon lait en poudre", dit son père Yao Weiguan. "On croyait que c'était bon, et ça nous a fait des problèmes."
Cette crise embarrasse les autorités chinoises, dont le système de sécurité sanitaire des aliments avait été réformé l'an dernier après d'autres scandales. Ainsi, des substances dangereuses comme le plomb ou un antigel avaient été découverts dans des jouets ou encore du dentifrice. En 2004, un scandale avait déjà éclaboussé la production de lait en poudre. Plus de 200 enfants ont souffert de malnutrition et une douzaine sont morts après avoir été nourris avec une formule qui ne possédait aucune valeur nutritive.
Source AFP
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